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Logement pour personnes âgées

François Höpflinger

Version originale en allemand


Première édition: December 2020

Dans la phase post-professionnelle, le logement devient pour la plupart des personnes le véritable centre de la vie. Un logement bien équipé et un environnement stimulant augmentent le bien-être, la sécurité et le rayon d’activité des personnes âgées. Les changements du parcours de vie (départ des enfants, décès du ou de la partenaire) conduisent à une réduction de la taille du ménage. Le fait de vivre seul·e est fréquent, en particulier chez les femmes. En raison de problèmes physiques et de limitations fonctionnelles, les personnes âgées ont davantage besoin d’un logement sans obstacles et d’un environnement qui leur procure un soutien social. L’adéquation entre les besoins individuels et les aspects architecturaux, techniques et sociaux est un facteur décisif pour que les personnes âgées soient satisfaites de leur vie et de leur logement. Inversement, l’absence d’adéquation entre la personne âgée et son environnement entraîne des restrictions et des obstacles quotidiens. Lorsque surviennent des limitations fonctionnelles, sensorielles ou cognitives, de petits désagréments (portes étroites, seuils élevés, accès pentu au logement) peuvent objectivement devenir des obstacles insurmontables.

En général, en Suisse, les personnes âgées bénéficient d’un cadre de vie de haute qualité comparé aux personnes du même âge dans les pays d’Europe de l’Est et du Sud. Cependant, dans de nombreuses régions du pays, on observe un manque croissant de logements bon marché adaptés aux personnes âgées. Cela contribue au fait qu’un trop grand nombre de personnes restent trop longtemps dans des logements non adaptés ou, dans certains cas, déménagent dans un établissement médico-social bien qu’elles n’aient pas besoin de soins.

Trois principes centraux doivent être pris en compte lorsqu’il est question du logement des personnes âgées : premièrement, les processus de vieillissement sont soumis à une hétérogénéité interindividuelle et, dans la mesure où ils ne sont pas standardisés, des termes tels que « logement adapté aux personnes âgées » doivent être utilisés avec modération. Ainsi, un « logement adapté aux personnes âgées » peut signifier des caractéristiques différentes en fonction du processus de vieillissement. Deuxièmement, les besoins d’une personne âgée en matière de logement varient en fonction de la classe sociale, du niveau d’instruction et des revenus. En fonction du montant des rentes de vieillesse et du patrimoine, les personnes âgées ont accès à différents types de logement. Les personnes fortunées peuvent s’offrir un logement luxueux dans une résidence pour personnes âgées ou acquérir un appartement coûteux (un nombre croissant de personnes âgées sont propriétaires de leur logement en Suisse). Les personnes moins nanties, en revanche, doivent louer un appartement bon marché ou un logement subventionné pour personnes âgées. Troisièmement, les souhaits relatifs au logement dépendent de l’histoire de chaque personne. Selon les habitudes de vie, la personne préférera certaines formes de logement à d’autres. Les personnes âgées qui ont longtemps habité un logement y associent souvent les souvenirs de leur vie. À un âge avancé, le logement et le lieu de domicile – où la personne a mené sa vie avec ses hauts et ses bas – deviennent souvent des points de repère centraux de sa vie.

Considérant la vieillesse (souvent implicitement assimilée à un déclin de la santé fonctionnelle), deux besoins fondamentaux en matière de logement sont actuellement mis en avant : d’une part, les personnes âgées veulent mener leur vie de manière aussi autonome que possible et continuer à façonner leurs conditions de logement et de vie de manière indépendante. Un habitat autonome n’inclut pas seulement l’aménagement individuel des espaces, mais aussi la possibilité de décider en toute indépendance qui a accès à l’espace privé du logement, et surtout aux pièces intimes (chambre à coucher, salle de bains). D’autre part, un grand besoin de sécurité émerge lorsque des limitations physiques, sensorielles et cognitives surviennent ou sont susceptible de survenir dans un avenir proche. La sécurité n’a pas seulement trait à l’approvisionnement matériel et à l’assistance physique et infirmière, mais aussi au maintien de l’intégration sociale et médico-sociale. Dans ce sens, la sécurité se définit comme la possibilité d’avoir accès à des interlocuteurs sociaux, à des soins médicaux et à un soutien infirmier en cas de besoin.

Ces deux besoins fondamentaux sont susceptibles d’évoluer en fonction des processus de vieillissement. Ainsi, l’importance d’un logement et d’un environnement adaptés, idéalement dénués d’obstacles, va croissante afin de répondre aux besoins d’autonomie des personnes âgées. Quand à la réponse aux besoins de sécurité et de soins, elle dépend de l’existence d’une structure d’aide communale intégrée à mesure que les besoins d’aide et de soins augmentent.

Pour des personnes âgées en bonne santé fonctionnelle, le logement privé n’est pas fondamentalement différent du logement privé occupé au cours des phases antérieures de la vie, et même à un âge avancé, le logement privé normal reste la forme d’habitation la plus courante. Cependant, avec l’augmentation des limitations liées à l’âge, telles que la mobilité réduite, deux facteurs de soutien deviennent plus importants dans le logement privé : premièrement, un logement sans obstacles (une salle de bain facile d’accès, l’absence d’escaliers, etc.) et la possibilité de demander rapidement de l’aide via un système d’appel à domicile ou un bouton d’alarme si nécessaire, peut faciliter la vie en logement privé en cas de limitations physiques. Deuxièmement, une bonne intégration sociale est essentielle au bien-être des personnes âgées. Avoir de bons contacts sociaux (familiaux, amicaux, professionnels et de voisinage) est favorable à la santé dans toutes les phases de la vie, mais avec la diminution de la mobilité, les bons contacts avec le voisinage et des personnes aidantes, la proximité des commerces ou des services médicaux gagnent particulièrement en importance.

Les restrictions en termes de relations sociales et de soins à l’intérieur du logement privé – souvent de vieux appartements non adaptés aux personnes âgées – ont contribué au développement de formes d’habitation alternatives pour les personnes âgées. En ce qui concerne l’intégration sociale, des communautés de personnes âgées ou des maisons multigénérationnelles sont encouragées et se créent de plus en plus souvent. Parmi les avantages d’une communauté de personnes âgées ou d’une forme d’habitat intergénérationnel, citons notamment l’entraide mutuelle, les activités communes et un risque moindre de souffrir de solitude. Cependant, l’idée, romantique d’un point de vue social, de vieillir en communauté s’avère problématique, car les logements de type colocation pour les personnes âgées présupposent un niveau de vie social identique pour leurs membres et atteint ses limites lorsque le fardeau des soins devient trop lourd. La plupart des formes de logement communautaire s’adresse, en conséquence, aux personnes âgées en bonne santé.

S’agissant des formes de logement spécialisé pour les personnes âgées ayant besoin d’aide et de soins, la grande majorité d’entre elles sont des formes de logement encadré (ou : logement accompagné, habitat avec services). Le logement encadré combine un logement privé adapté aux personnes âgées ou une unité d’habitation avec cuisine et salle de bain et des prestations de services, d’aide et de soutien spécifiques. L’objectif central est de permettre aux personnes âgées de vivre de manière indépendante, même en cas de problèmes de santé. Comme pour les autres formes de logement pour personnes âgées, les formes de logement encadré ou avec service sont fortement segmentées selon les catégories de revenus (logements de service de luxe pour personnes âgées fortunées, offres limitées avec des standards de logement et de service inférieurs pour personnes âgées à faible revenu).

La Suisse a ceci de particulier que la proportion de personnes de plus de 80 ans vivant dans un établissement médico-social est significativement plus élevée que dans les pays voisins. Cette situation est liée à une longue tradition sociopolitique d’un régime de prise en charge communale (d’abord dans des hospices, puis des maisons de retraite, et aujourd’hui des centres de soins). Ce n’est que durant les dernières decennies que les soins à domicile (Spitex) ont été développés. La proportion des personnes âgées recevant des soins en institution diminue en conséquence. Cependant, le financement public des soins (fortement concentré sur les soins médicaux et non sur l’encadrement médico-social) a pour conséquence, dans certains cantons, que de nombreuses personnes âgées continuent à vivre dans des établissements médico-sociaux alors qu’elles ont de faibles besoins en matière de soins.

Références

Füglister-Dousse, S., Dutoit, L. & Pellegrini, S. (2015). Soins de longue durée aux personnes âgées en Suisse : évolutions 2006-2013. Neuchâtel : Observatoire Suisse de la Santé.

Höpflinger, F., Hugentobler, V. & Spini, D. (2019). Habitat et vieillissement. Réalités et enjeux de la diversité (Age Report IV). Zurich : Seismo.

Jann, A. (2015). Age-Wohnmatrix : Bedürfnisse statt Begriffe ins Zentrum stellen. Zeitschrift für Gerontologie & Geriatrie, 48, 164-168.

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